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SOPHIE HATIER – PHOTOGRAPHIES – GALERIE DJEZIRI-BONN_LINARD EDITIONS – PARIS

SOPHIE HATIER  Photographies
Galerie Djeziri-Bonn Linard Editions
Vernissage: Jeudi 13 Décembre 2012 de 18h à 21h
Du 14 Décembre au 2 Février 2013
Ouverture: mardi-samedi 11h/19h
47, rue de Turenne, 75003 Paris
www.galeriedjbo.com

 

Les contemplation suspendues.

Les photographies de Sophie Hatier sont un insidieux appel au voyage. Pas une de ces excursions confortables et méditatives dont on sait par avance qu’elles ne perturberont pas notre vision d’un monde déjà figé dans les arcanes de notre propre altérité. Ici, bien au contraire, le voyage se mue en aventure intérieure remuante, en aller retours suffoqués entre surgissements hallucinés du réel et soubresauts échappés d’une imagination nageant en eaux troubles. Chercher d’autres temporalités, d’autres façons d’être. Délimiter un espace géographique et mettre le regard à l’épreuve; venir, revenir, prendre du recul, sentir des présences cachées. Voilà le sens des pérégrinations que proposent les clichés de Sophie Hatier.

Dans le prolongement de cette invitation qui n’est jamais limitative, la superposition des horizons, les rythmes de la lumière et le respect mutuel et affiché des couleurs s’amusent à confronter notre regard (et nos certitudes) avec la force nue d’émotions vierges. Est-ce l’image qui divague ou est-ce que ce sont nos propres sensations qui changent de verticalité? Est-ce les contrastes et les perspectives qui imposent leur mystérieux langage ou mes pensées ont-elles déjà embrassé une autre matérialité?

Sophie Hatier n’apporte aucune réponse. Et pour cause, toute tentative de vérité absolue serait un renoncement aux fantasmes et questionnements cachés qu’éveillent ces paysages dont l’imperceptible mouvement résonne comme l’écho contrarié des hommes face à leur environnement – chacun s’observant en silence.

Mais loin de nous laisser errer sans repères, ses photographies posent l’une des questions les plus fondamentales qui soit dans l’art moderne: comment décrire et saisir l’instant où les images ont perdu leur nature originelle (dans le sens où elles sont sensées retranscrire le réel) pour se transformer en projections immaculées des turpitudes humaines?

Comme l’a justement souligné l’historien et critique d’art allemand Wilhelm Worringer dans son essai de référence L’Art gothique publié en 1927, « Si l’on considère le travail de l’artiste non plus comme la simple source du savoir mais comme celle des intentions, il gagne en importance au point de vue de l’histoire universelle […] et prend place à côté des conceptions du monde. Et chaque regard porté sur lui dessine les contours d’un nouveau ordre des Idées, comme si étaient retombés là les fragments d’un soleil intérieur contemplant l’univers pour la première fois.» A la faveur de cette analyse, on comprend mieux pourquoi il n’y a presque jamais d’ombre dans les photographies que nous présente Sophie Hatier. Le passage de la lumière (la renaissance de l’être face à ses conflits internes) y semble trop rapide pour en créer. L’ombre, aussitôt, ici, se convertit en couleur. Des éclats de couleur plutôt, des rires muets, comme quand la voix se fait entendre telle une cascade impétueuse.

Ces couleurs, ces hallucinations chromatiques nichées entre terre et chimère, ciel et description terre-à-terre, Sophie Hatier ne les a pas inventées. Elle ne les a même pas vues en rêve ou puisées dans les livres, elle n’est même pas allée les chercher loin; elles sont là, dans les fruits de notre imagination, offertes au premier venu. A l’instar de tous les ors du temple, des gemmes, des joyaux ou des diadèmes des reines et des stars, ces photographies à la profondeur vertigineuse s’ouvrent, s’épanouissent puis se fanent au gré des prunelles doucement inquisitrices qui s’y aventurent.

Entre halo sensoriel diffus et course jubilatoire d’émotions suspendues, la nouvelle exposition de Sophie Hatier invoque dans un même chant crépusculaire le rythme imperturbable de l’existence fleurissant entre deux nuits et la troublante formulation d’un art de l’abîme poussant perpétuellement à la recherche de la bonne distance.

L’occasion unique de saisir à l’improviste toute la grandeur de ces miracles quotidiens qui nous dépassent…

Ivan Essindi
Novembre 2012

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